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les propos de madère

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17 décembre 2015

Les propos de Madère

Pour répondre à d’amicales sollicitations, depuis plus d’un an je rédige , sous la dénomination « Les propos de Madère », un blog hebdomadaire et chaque mois des « notes de lectures » à propos des livres que j’ai lus dans les semaines précédentes.

Dans ce blog, je livre mes réflexions concernant, selon l’actualité, la politique, le social et les questions internationales.

Je ne sais si mon lectorat a trouvé intérêt dans ma « littérature ». Je l’espère. Ainsi, si j’ai pu donner des événements quelques  éclairages originaux dans une analyse modérée et le moins possible partisane, j’en serai heureux.

Maintenant, j’ai l’intention de porter mes efforts vers d’autres travaux d’écriture. Cela va me demander des recherches préalables et ensuite un travail de rédaction soutenu.

Cela viendra en plus de la rédaction de mon  journal quotidien strictement personnel auquel je ne veux pas renoncer. Je vais donc poursuivre mon activité de diariste.

Le moment est donc venu pour moi de faire un choix dans l’utilisation de mon temps. J’ai choisi de suspendre, voire d’arrêter blog et notes de lectures.

Je ne doute pas que ceux qui ont suivi depuis plus d’une année les « Propos de Madère » trouveront dans les journaux, hebdomadaires et revues des moyens d’information bien supérieurs à mes modestes réflexions.

Je souhaite à tous de bonnes fêtes et une bonne année 2016.

Jean Félix Madère

Le 17 décembre 2016

 

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14 décembre 2015

Les propos de Madère - Le prix à payer

Le prix à payer

Beaucoup de commentaires ont été faits tout au long de la soirée des élections régionales du 13 décembre. Au lendemain de cette consultation électorale les observateurs poursuivent leurs réflexions. Ils en sont déjà à en tirer des leçons pour la Présidentielle de 2017. C’était inévitable.

Il n’est pas utile d’aller si vite. Il convient, nous semble-t-il, de  tenter de dégager quelques constats importants et de situer ce qu’il faut entreprendre à la lumière des enseignements de ce scrutin.

Reconnaissons d’abord que malgré le barrage réussi contre l’accession du Front national à la présidence des régions, ce parti a obtenu des résultats qui le placent désormais dans une situation clé dans la vie politique du pays. On est désormais, au moins pour l’immédiat, dans la tripartition.

Progressant de plus de huit cent mille voix au 2ème tour et réunissant ainsi 6,82 millions d’électeurs, le FN ne peut plus être considéré comme un parti marginal.

Force est de constater qu’il est présent partout sur le territoire - on avait pu le vérifier lors du 1er tour – et qu’il rassemble dans toutes les tranches d’âge de la population, dans tous les milieux et jusque et y compris dans le secteur public.

Le 13 décembre marque peut-être son enracinement dans la société française.

On a tout dit sur les raisons de cette situation qui trouve sa source il y a longtemps : chômage de masse durable, progression – au moins dans les esprits – de l’immigration, fiscalité débridée, inégalités, rejet de la classe politique, etc… Il est donc inutile d’insister. Les partis traditionnels ont commencé à reconnaître  qu’il y avait péril en la demeure et qu’il était temps qu’ils dégagent des solutions pour porter remède à des problèmes jetant une partie de la population dans les bras d’un parti extrémiste.

On notera qu’au soir des résultats personne, tant à gauche qu’à droite, ne s’est livré aux commentaires dithyrambiques habituels sur les plateaux télévisés. Pour l’essentiel, les intervenants ont donné dans la sobriété, le plus souvent dans l’humilité  et la prudence. C’était le moins qu’ils pouvaient faire.

En effet, même si la droite a reconquis l’Ile de France et six autres régions, on est loin de la vague bleue annoncée. C’est d’autant plus vrai que dans le Nord Pas de Calais-Picardie, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes elle n’aurait pas regagné ces régions sans les votes importants de la gauche pour leurs listes.

Quant à la gauche, si elle « sauve les meubles » en conservant cinq régions, elle n’a pas de quoi triompher.

N’oublions pas en effet qu’en 2010, au-delà du fait que seule l’Alsace était restée à droite, la gauche avait, au 1er tour, réuni 50,2 % des suffrages alors qu’en 2015 elle n’en rassemble plus que 36 % ! (1)

La droite, pour sa part, alors qu’elle est dans l’opposition et aurait dû, comme il est habituel dans cette situation, obtenir un franc succès,  se contente – si l’on peut dire – de passer, toujours au 1er tour, de 31,5 % de votants en 2010 à 32,6 % en 2015. Maigre résultat, ce d’autant plus que le Front national fait un bond spectaculaire progressant, toujours en comparant 2010 à 2015, de 11,4 % à 28,4 %.

Ces rappels expliquent mieux qu’un long développement la modestie des leaders politiques de droite et de gauche même si les triangulaires ont masqué la réalité des choses. Certes, on ne peut que se féliciter du sursaut essentiel que représente l’importante progression de la participation au 2ème tour. Il est ainsi venu renforcer le barrage organisé contre le Front national par le retrait exemplaire des listes de gauche.

Tout cela était nécessaire. Maintenant, il faut que les partis dits de gouvernement ne se limitent pas à des déclarations de bonnes intentions et entament la reconquête de cet électorat qui s’est aussi massivement reporté sur un parti extrémiste. Faire passer autant de citoyens d’un vote contre à un vote pour ne sera pas une petite tâche. Leur désillusion est telle – c’est vrai aussi pour les abstentionnistes – que l’entreprise sera sans doute longue et, disons-le, pas achevée au moment où se tiendra la prochaine échéance majeure, c’est –à-dire la Présidentielle de 2017. Cette partie non négligeable de la population ne doit pas être méprisée, sous-estimée. Il faut la respecter, tenter de regagner sa confiance.

Ainsi, au-delà des refondations ou des recompositions discutables dont beaucoup parlent, il est nécessaire d’entamer sans plus attendre le travail de reconquête. Les raisons de la désaffection, nous l’avons dit, sont connues. La lutte contre le chômage en est le cœur tout comme l’immigration et  l’islam. Cela postule des mesures exceptionnelles et rapidement applicables ainsi qu’un formidable travail de vérité sur la réelle importance de tout ce qui touche à l’Etranger et à ses droits.

L’essentiel de la tâche repose sur ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir. Le parti socialiste leur réclame, par la voix de son Premier secrétaire, des inflexions ciblées dans sa politique. Il a, et c’est une première, le soutien de son aile gauche jusqu’ici installée dans une fronde peu adaptée aux réalités du moment.

Le gouvernement se doit de répondre de manière concrète à cet appel d’évolution. Ainsi, le Premier ministre ne peut se contenter de dire que « le gouvernement est prêt à changer de comportement mais pas de politique ».  Cette déclaration est inappropriée pour répondre effectivement et vite au coup de semonce donné par bien des électeurs qui ont envoyé par leur vote un véritable signal de détresse à ceux qui sont en responsabilité.  Le poids de cette responsabilité, s’il pèse sur le parti socialiste et plus largement sur la gauche qui doit s’interroger sur l’ensemble de son comportement, relève aussi de l’opposition qui doit cesser d’accuser la majorité de tous les maux. Pour avoir été au pouvoir, ses leaders n’ignorent pas qu’ils n’ont pas réussi à endiguer le chômage et que leur bilan ne mérite guère d’éloges.

Ainsi, il n’est pas faux de dire que le temps n’est plus seulement à l’invocation des valeurs et de la République. C’était nécessaire avant les élections. Désormais il faut des réponses concrètes. Mots et promesses ne suffisent plus.

Soyons conscients que rien n’est facile. Une large part du pays est dans un tel état de désespérance – ces élections le prouvent ô combien – que des choix nouveaux vont s’imposer.

Comme le Président de la République l’a dit à propos de la sécurité, il est impératif désormais que la lutte contre le chômage prenne le pas sur d’autres impératifs économiques si on veut éviter le pire. Il est indispensable aussi d’expliquer, d’expliquer sans cesse et de démontrer que l’ »Autre » ne prend pas des droits à chacun.

Sans tout remettre en cause, c’est le prix minimum à payer pour retrouver la confiance d’une majorité de Français.

 

Jean Félix Madère

Le 14 décembre 2015

(1) Le niveau des votes au 1er tour permet de situer clairement le poids de chacun. En effet, lors des deuxièmes tours des fusions, rassemblements,  retraits ou appels à voter hors de son camp initial ne permettent plus l’évaluation incontestable des forces.

 

7 décembre 2015

Les propos de Madère - Ne pas baisser les bras

Ne pas baisser les bras

Il ne servirait à rien de nier l’évidence : le Front national a franchi, ce 6 décembre, un cap important dans son ancrage dans la société française. Les scores au plan national mais aussi dans certaines régions sont tels qu’ils démontrent que la progression enregistrée au fil des scrutins loin de se tasser a connu une très vive accélération. On peut le regretter et tenter de contenir cette expansion mais force est de reconnaître que le FN est désormais implanté partout. Comme on avait pu le mesurer lors des municipales et départementales il accroît son influence jusque et y compris dans les vieilles terres de gauche.

Parce que la campagne électorale n’est pas achevée, l’heure n’est pas venue de se lancer dans des tentatives d’explications du phénomène. Dans les jours qui nous séparent du 2ème tour l’urgence est d’aller chercher les voix d’abord dans le rassemblement mais aussi chez les indécis et les abstentionnistes.

Rassembler d’abord ne sera pas une tâche aisée tant l’éloignement des composantes de ce qui fut autrefois la gauche plurielle est désormais installée. Des fractures, des conceptions différentes se sont manifestées. La cassure est telle qu’il a été impossible de présenter des listes d’union au premier tour. Chacun a voulu se compter. La démonstration est faite  - c’est au moins le mérite de ces élections régionales -  que ce genre d’aventure conduit à l’échec.

Face à la menace Front national il est encore temps de mettre de côté les divergences sur les choix économiques ou de méthodes et de se ressaisir. Les états-majors nationaux ont peu de temps pour se rencontrer, mettre en œuvre les dispositifs de fusion des listes de gauche là où cela est possible ou de relancer le combat politique en vue du deuxième tour.

Dans ce qu’il faut bien nommer un désastre, il apparaît néanmoins que beaucoup de régions peuvent encore être disputées à la fois au FN mais aussi à la droite qui ne sort pas particulièrement en forme de cette consultation électorale. Pour atteindre cet objectif la condition centrale, répétons-le, est le rassemblement.

Il convient aussi de concentrer les efforts de discussion,  de conviction et de démystification en direction de tous ceux qui ne sont pas allés voter le 6 décembre. Certes on dit cela à chaque élection. C’est vrai. Or, cette fois il ne s’agit pas d’une éventuelle alternance dans la direction des affaires des régions entre la gauche et la droite mais d’un choix plus fondamental sur les valeurs républicaines et sur des orientations même du vivre ensemble dans notre société. Maintenir la gestion des régions dans le camp républicain vaut bien de chercher à convaincre tous ceux qui n’ont pas, pour des raisons diverses, trouvé le chemin des urnes le 6 décembre.

Il reste peu de jours pour parvenir au rassemblement et à la mobilisation des citoyens restés jusqu’ici à l’écart de la vie politique. Il faut un sursaut de l’ensemble du pays pour que la donne soit modifiée. Il suffit de regarder les chiffres pour se convaincre que tout est encore possible.

Le fameux plafond de verre évoqué par tous les observateurs, c’est-à-dire la limite qu’on pensait impossible à franchir par le Front national, est sérieusement ébréché mais il n’est pas explosé.

Il revient maintenant à tous les républicains de dire stop : vous n’irez pas plus loin. C’est en allant voter pour les forces de progrès que sera marqué le coup d’arrêt. C’est à partir de là et en ne négligeant pas ensuite une réflexion sans concession sur les raisons de l’extraordinaire poussée du Front national que pourront, en vue des prochaines échéances, se revitaliser les forces démocratiques de ce pays.

En tous cas, face à l’adversité, il ne faut pas baisser les bras.

 

Jean-Félix Madère

Le 7 décembre 2015

Prochain blog après le 2ème tour

 

2 décembre 2015

Les propos de Madère - Notes de lecture décembre 2015

Notes de lecture

Parmi mes lectures de ces dernières semaines je signale quatre livres : A mi-parcours, mémoires d’André Rousselet ; La richesse des Nations après la révolution numérique, essai de Nicolas Colin ; Retiens ma nuit, roman de Denis Tillinac  et Un Français de tant de souches, essai d’Alain Minc.

Quelques commentaires à propos de ces ouvrages choisis pour leur qualité mais aussi pour la diversité de leur intérêt

A mi-parcours, mémoires d’André Rousselet, autobiographie fruit de conversations avec les journalistes Marie Eve Chamard et Philippe Kieffer. Ce pavé de 727 pages  a été publié en septembre 2015 aux éditions Kero. Cette autobiographie vaut certes parce qu’elle raconte la vie d’un homme dont le parcours est jalonné de victoires, de défaites, de courage face à l’adversité et de succès retentissants. Elle est importante surtout parce qu’elle relate une rencontre et une amitié qui ont changé sa vie. Après une jeunesse dans un milieu bourgeois – son père était magistrat – et des études classiques, il débute son activité professionnelle dans la préfectorale. Ses fonctions de sous-préfet à Foix puis en Guadeloupe sont loin de l’enchanter. Puis, fortuitement, en 1954, il est appelé à rejoindre le cabinet du ministre de l’Intérieur de l’époque François Mitterrand. A partir de là tout commence pour lui. Son existence prend une autre dimension.

Le lecteur, quant à lui, revit toute une époque : celle de l’essentiel du parcours de François Mitterrand jusqu’à l’Elysée et, au-delà, jusqu’à son décès le 8 janvier 1996. Entre autres choses, André Rousselet évoque sans fard l’affaire de l’Observatoire. Il en profite pour procéder à une mise au point ne manquant pas d’intérêt sur un sujet qui a tant fait l’objet de controverses.

Il procédera de même lorsqu’il parle des rapports de Mitterrand avec René Bousquet, figure de la collaboration. Au travers des souvenirs évoqués, se dessine le portrait d’un Mitterrand indéfectiblement fidèle en amitié mais personnage complexe et pas toujours facile à vivre et à comprendre tant il a le goût du secret. Ce portrait n’est ainsi pas toujours flatteur malgré l’admiration que porte Rousselet au Président de la République.

Bref, cette autobiographie trouve beaucoup de son intérêt dans le rappel des moments historiques vécus par Rousselet auprès du Président Mitterrand.

Pour ce qui le concerne, à 93 ans, il ne cèle rien de sa vie professionnelle. Ainsi, il parle sans réserve des moyens utilisés à l’époque pour financer, de manière peu orthodoxe, les campagnes électorales et ne cache pas qu’il a rapidement épuisé l’intérêt du poste de directeur de Cabinet du Président de la République. Il marque par contre tout le plaisir qu’il a eu à diriger la société de taxis G7 qui lui assura la fortune. Il insiste, parfois à l’excès, sur cette fortune dont il jouit sans réserve.

Toute l’aventure de la création et de l’expansion de Canal+, qu’il créé et dirige, est contée par le menu. Là encore il ne cache rien des excès – hauts salaires, drogue – qui existaient à Canal. Il ne critique pas, il se souvient.

A de multiples reprises dans ce gros ouvrage, fort bien rédigé, il fait état des querelles et fâcheries qu’il a vécues, en politique, puis aussi dans ses rapports avec les autres chefs d’entreprises et avec ceux qui l’ont accompagné dans son parcours.

Les flèches décochées à Jacques Attali, à Laurent Fabius, à Dauzier - son successeur à la tête de Havas -,  à Silvio Berlusconi, à Edouard Balladur et à tant d’autres laissent à penser qu’André Rousselet n’était pas un homme facile. Il ne s’en cache pas. C’est, sans doute, son mérite.

Ce livre, très long à lire, est intéressant à plus d’un titre. En effet, au-delà du portrait original qu’il dégage de François Mitterrand – c’est le meilleur de l’ouvrage – il dresse un panorama, sans concessions, de l’audiovisuel de l’époque. On y apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement des médias, sur les hommes qui les créent, les animent et les dirigent.

Cette biographie devrait séduire tous ceux qui portent intérêt à l’ancien Président de la République, François Mitterrand, mais aussi ceux que captivent les aventures – le mot n’est pas trop fort – d’une homme qui fut souvent un acteur de l’ombre de la vie politique française durant plus de soixante-dix ans et un chef d’entreprise considéré pendant longtemps comme incontournable dans l’audiovisuel français.

La richesse des Nations après la révolution numérique. Etude de Nicolas Colin, publiée par le think tank « Terra Nova » en octobre 2015 (92 pages) dans la collection « Positions ». C’est une collection d’essais dont l’objectif est d’éclairer les enjeux à long terme auxquels les sociétés européennes sont ou seront confrontées.

Tout au long de son travail, Nicolas Colin fait œuvre d’éclaireur. Il part du principe que « demain toute l’économie sera numérique et que cela va bouleverser radicalement les façons de produire et de consommer ». Il observe que « les élites de notre pays peinent à comprendre ce phénomène et ses conséquences ». Ainsi, il expose ensuite les conséquences de cette évolution.  Pour lui, « la transition numérique dépasse le cadre de la production industrielle de masse organisée sur l’ensemble du territoire pour lui substituer une concentration dans les zones urbaines denses. Ainsi la transition numérique de l’économie a pour double effet de transformer  certains de nos territoires en déserts productifs et de confronter les travailleurs à des tensions insupportables sur le marché immobilier des grandes villes ». Il avance  un concept jusqu’ici peu formulé.Il affirme alors « dans l’économie numérique, les individus jouent désormais un rôle actif et central dans la création de la valeur. Connectés en réseau, ils forment une multitude dont la puissance est désormais supérieure à celle des plus grandes organisations. On passe ainsi d’une économie de masse à une économie de multitude.

Il analyse ensuite les conséquences de cette mutation sur les classes moyennes, sur les tensions sociales en découlant et sur la résistance active qui oppose la société française à la transition numérique.

Il conclue en soulignant « qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour nous réarmer d’une politique économique adaptée à la transition numérique ».

Les solutions qu’il avance sont alors souvent dérangeantes.

Ceux qui s’interrogent sur tout ce qui touche au numérique liront avec intérêt cette étude souvent complexe mais, si on s’accroche un peu, très « informative » sur un sujet difficile.

Nicolas Colin est inspecteur des Finances, diplômé de sciences politiques et de l’ENA. Il a fondé plusieurs sociétés liées à l’information et au numérique.

Retiens ma nuit de Denis Tillinac, roman publié en septembre 2015 aux éditions Plon (169 pages). Cette histoire raconte, dans un style surprenant – phrases courtes, vocabulaire classique mais parfois recherché  – les amours tardives d’un médecin de campagne et d’une galeriste d’art. Les deux personnages ont passé la soixantaine et sont mariés, lui avec une femme discrète mais élégante et fidèle ; elle avec un entrepreneur riche, dynamique, toujours à la recherche d’améliorer sa fortune en diversifiant ses activités. Hyper actif il ne s’occupe guère de son épouse mais prend le temps de la tromper au hasard de ses déplacements ou dans son environnement proche.

Cet ouvrage explique les circonstances dans lesquelles naît entre ces deux sexagénaires un  amour qui, au fil des pages, se renforce et devient l’essentiel de leur vie. Ils se voient dans la clandestinité et, pour se rencontrer, se livrent, à l’égard de leurs conjoints, à des ruses dignes d’adolescents.

Cette liaison provoque chez eux les emballements de la jalousie auxquels se mêle un fond de tristesse provenant sans doute du fait qu’ils se sont rencontrés trop tard.

D’où une certaine nostalgie qui est la marque dominante de cette histoire.

Denis Tillinac a réussi là un très bon roman. On n’en donnera pas ici l’issue. A chacun de la découvrir.

Tillinac, auteur de plus de quarante livres, dont certains ont connu un franc succès : Je nous revois (Gallimard), Dictionnaire amoureux de la France et la Nuit étoilée (Plon) est aussi connu pour son amitié et sa proximité avec Jacques Chirac. Depuis le retrait de la vie publique de l’ancien Président de la République, Denis Tillinac s’est éloigné des idées qu’ils partageaient pour désormais graviter dans une droite moins modérée que celle de leurs racines corréziennes. Dommage ! Sans doute mais cela ne retire rien à ses talents d’écrivain. Là est le principal.

 

Un Français de tant de souches, essai d’Alain Minc, publié aux éditions Grasset en septembre 2015 (201 pages).

Au travers de réflexions sur son parcours, Alain Minc traite pour l’essentiel de l’identité française. Il rappelle d’emblée ses parents d’origine Bielo Russe, résistants communistes dans la branche MOI, c’est-à-dire main d’œuvre immigrée. Beaucoup d’entre eux, comme  l’auteur, étaient d’origine juive.

Il pose ainsi sa problématique d’enfant d’immigrés. Il peut alors tenter, au travers de son exemple, de définir les difficultés qu’il y a aujourd’hui pour devenir mais aussi se sentir Français. Il met en lumière l’évolution constante au fil du temps de ce processus. Il démontre ainsi, citant son cas en exemple, qu’il était autrefois possible de s’assimiler, de faire de très brillantes études, alors qu’aujourd’hui s’intégrer est un objectif difficile à atteindre.

Cet ouvrage est peuplé de nombreuses digressions sur la mondialisation. Il y rappelle aussi sa déception concernant le livre de Fernand Braudel traitant de « l’identité de la France ». La description de son attachement « par-dessus tout » à l’Europe est sans doute le meilleur de son ouvrage. On sent la conviction profonde de Minc à ce sujet. Ces pages, à elles seules, méritent la lecture de cet ouvrage.

Il a voulu, dit-il, par ce livre « participer  au débat fiévreux sur l’identité de la France et présenter « sa carte d’identité » millefeuille dont les couches correspondent à son itinéraire personnel, social, professionnel, intellectuel, idéologique ».

Comme toujours, Alain Minc n’est pas dépourvu d’ambitions. Pour l’essentiel il parvient à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés.

Alain Minc, au-delà d’être un essayiste prolifique – il publie un ouvrage tous les deux ans parfois tous les ans – est aussi connu pour être un homme d’influence. Patron d’une société de Conseils, il fait partie de ces visiteurs du soir qui « murmurent » à l’oreille des Présidents. Il fut très proche de Nicolas Sarkozy dont il s’est éloigné maintenant pour gagner le cercle de proximité d’Alain Juppé. On ne peut ici citer tous ses livres. Rappelons cependant qu’il a été connu dès 1978 grâce à son ouvrage sur « L’informatisation de la société » co-écrit avec Simon Nora. Ces deux derniers livres sont : Vive l’Allemagne (2013) et Le mal Français n’est plus ce qu’il était (2014).

Bonne éventuelle lecture.

Jean Félix Madère

Prochain blog au lendemain du premier tour des élections régionales.

30 novembre 2015

Les propos de Madère - Garder la mesure

Garder la mesure

Comme il fallait s’y attendre, élections régionales obligent, l’action politique a repris. Tous les partis sont désormais en campagne même si pour beaucoup le cœur n’y est pas. Il reste aux candidats moins d’une semaine pour exposer leurs programmes régionaux. Il semble cependant que, plus qu’à l’ordinaire, les thèmes nationaux, essentiellement la sécurité, sont au cœur des quelques débats qui ont lieu, ici ou là.

Les instituts de sondage se sont aussi remis à l’ouvrage et viennent de publier une rafale de prévisions qui, unanimement, font apparaître que le Front national tire le plus de profit de la situation particulière du moment. Le parti de Sarkozy, bien que souvent bien placé, n’atteint pas les scores espérés. Quant au Parti socialiste, comme prévu et répété, il recule mais pas aussi fortement qu’annoncé avant les événements du 13 novembre. Ainsi, au-delà des trois bastions qu’il devrait conserver, il apparaît encore en course, dans le cadre de triangulaires, dans trois ou quatre régions.

Restent maintenant quelques jours pour vérifier ces pronostics et, pour la droite comme pour la gauche, faire bouger les lignes. Ce n’est pas un petit challenge mais le combat politique permet souvent de retourner des situations apparemment figées ou jouées d’avance. Ainsi, ceux qui se projettent au 2ème tour avec gourmandise, espérant une Berezina pour la gauche, n’ont en fait aucune certitude d’avoir raison.  Ils ont beau se frotter les mains en annonçant la nécessité du retrait des listes de gauche au soir du 1er tour pour faire barrage au Front national, il s’agit là d’hypothèses. Ne leur en déplaise, nous n’en sommes pas encore là. Chacun fera ses comptes au soir du 6 décembre et prendra ses décisions en n’oubliant pas qu’au bout du bout ce sont les électeurs ou ceux qui se détourneront des urnes qui feront l’élection.

Durant ces quelques jours qui nous séparent des votes, la COP 21 va débattre de l’avenir de la planète et, espérons-le, débouchera sur des conclusions susceptibles de contenir,  d’éviter ou de minorer les dérèglements climatiques en cours.

L’ambiance de cet extraordinaire rassemblement des principaux dirigeants du monde et l’écho qui en sera donné à l’extérieur du Bourget à l’avancée de leurs travaux et réflexions, ne manqueront pas  d’avoir des retentissements certes dans leurs différents pays mais aussi dans le contexte pré-électoral français.

Là n’est pourtant pas ce qui est susceptible d’influer le plus sur le vote lors des prochaines élections régionales. Ce qui peut être déterminant c’est d’une part le maintien de la sécurité dans le pays et les conséquences d’un débat qui s’amorce à ce sujet. En effet, si le Président de la République, dans son discours devant le Congrès, a provoqué parmi les Parlementaires, dans une sorte d’effet de souffle, un grand étonnement consécutif aux multiples annonces d’ordre sécuritaire qu’il a faites, on constate aujourd’hui que l’approbation très largement majoritaire qu’il a obtenue commence à être critiquée à gauche d’abord mais aussi dans une partie de la droite.

Disons que s’il a trouvé une très large majorité pour soutenir l’instauration de l’état d’urgence et pour approuver les frappes sur la Syrie, il n’est pas moins vrai que beaucoup s’alarment de la vigueur extrême avec laquelle est mis en œuvre le dispositif de perquisitions, d’assignations à résidence, voire les interdictions de manifester, etc…

Pour le moment il s’agit plus de critiques ponctuelles sur l’opportunité de telle ou telle perquisition ou assignation à résidence ou de regret de ne pouvoir manifester en soutien aux débats de la COP 21. Il est clair cependant qu’on ne va pas tarder à en venir à des problèmes plus larges touchant au maintien des libertés publiques.

Dans l’immédiat, l’exécutif bénéficie, dans le domaine de la sécurité, d’une approbation très large de l’opinion qui a tant été choquée, blessée par les attentats sur 13 novembre. La sécurité est et demeure la préoccupation dominante. Même s’il respecte les règles formelles, le gouvernement, tout à son devoir de protéger le pays, ne devrait quand même pas, de durcissement en durcissement, verser dans l’excès. Sans doute veut-il montrer que les dirigeants socialistes au pouvoir, confrontés au terrorisme, sont à la hauteur de la tâche du maintien de  l’ordre et de la sécurité qui leur incombe. On ne peut que leur donner acte de leur détermination sans failles.

Le quitus volontiers accordé ne vaut pas approbation sans discussions des quelques dérapages constatés et  d’éventuelles autres mesures.

Laissons à Sarkozy la course effrénée derrière le Front national. Que le gouvernement fasse son travail de protection des Français avec fermeté mais sans excès. Il serait dommage qu’il ne garde pas le sens de la mesure. L’opinion qui aujourd’hui approuve ne tarderait pas à se retourner. On commence d’ailleurs, ici et là, à relever des désapprobations qui pourraient éloigner des électeurs du vote à gauche. C’est un signal. Il faut l’entendre.

 

Jean Félix Madère

Le 30 novembre 2015

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26 novembre 2015

Les propos de Madère - Elections régionales : une campagne mezza voce

Elections régionales : une campagne mezza voce

En raison des attentats du 13 novembre les partis politiques ont mis entre parenthèses la campagne électorale pour les élections régionales des 6 et 13 décembre prochains.

Toutefois, certains, notamment le Front national et « Les Républicains », ont repris, après quelques jours, les réunions et distributions de matériel de propagande. Le Parti socialiste, quant à lui, a décidé de ne se remettre en campagne qu’après l’hommage national qui sera rendu aux victimes, le 27 novembre, dans la cour d’honneur des Invalides. C’est-à-dire que ses militants, sauf rares exceptions, n’organiseront meetings, réunions et tractage qu’une semaine avant le 1er tour.

Même si elle s’imposait, tant le choc des assassinats aveugles a sidéré et frappé la nation, cette situation de suspension des débats et de réserve depuis le 13 novembre est totalement inédite. La France, au-delà de la période formelle était en deuil et les citoyens, où qu’ils soient sur le territoire, n’avaient pas la tête ni le cœur de participer à des affrontements partisans.

L’heure était à la compassion, à l’émotion et au souvenir.

Ainsi, depuis presque quinze jours, les Français sont restés dans la réserve. Beaucoup d’entre eux, notamment à Paris mais aussi dans de nombreuses villes et villages, se sont néanmoins rassemblés pour respecter une minute de silence, déposer fleurs et bougies ou entonner la Marseillaise place de la République, devant le Bataclan ou le bar Le petit Cambodge. Souvent, sans attendre la suggestion du Président de la République, les drapeaux tricolores ont fleuri dans ces cérémonies impromptues et aux fenêtres des appartements et maisons.

Les citoyens, toutes opinions confondues, témoignaient ainsi, au-delà du deuil, leur attachement à la nation et leur volonté de continuer à vivre normalement malgré les menaces.

Le maintien des élections régionales s’inscrit dans cet esprit. En effet, une consultation électorale organisée en dépit des risques d’attentats, ici ou là, est une belle preuve de l’attachement des citoyens à la liberté et à la démocratie.

Ceci rappelé, il faut convenir que personne ne peut faire abstraction de l’atmosphère générale qui prévaut dans le pays.

Au lendemain de tels attentats, les petites querelles et les affrontements par trop partisans apparaîtraient vite déplacés.

Les partis politiques se doivent de trouver un ton correspondant aux circonstances. Pour l’essentiel, leurs dirigeants et militants l’ont compris. Ils l’ont compris d’autant mieux que le seul dérapage qui s’est produit, à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement le mardi 17 novembre, a été tellement stigmatisé par l’opinion que ceux qui ont dérapé dans un charivari malvenu ont adopté, dès le lendemain, une attitude plus conforme à la décence.

Bref, on observe ainsi que la campagne qui débute à nouveau semble débarrassée des invectives coutumières qui se manifestent si souvent dans ces moments-là. Les axes des discours s’en trouvent décalés. On ne parle plus guère des problèmes régionaux susceptibles de générer de vives disputes.

Tous les partis ou presque se focalisent sur les enjeux sécuritaires même, s’il faut le souligner, il n’est guère dans le pouvoir des régions de mettre en œuvre des dispositifs relevant de la politique nationale. Remarquons simplement qu’en avançant des idées dans le domaine de la sécurité, les partis, au niveau des régions, concourent, au moins dans l’esprit, à essayer de rassurer et d’apaiser les craintes qui perdurent.

La conséquence de ce choix donne, jusqu’ici, une campagne jamais vue tant elle se déroule sur un ton mezza voce.

Son caractère si particulier désarçonne les observateurs les plus chevronnés. Ils en sont à réduire le nombre des sondages et, pis encore, à relativiser la crédibilité des quelques chiffres qu’ils publient.

Personne ne sait très bien  quelle formation politique peut tirer avantage de la situation actuelle et notamment du durcissement généralisé de la politique sécuritaire. Certes, le contexte globalement sécuritaire, largement approuvé dans le pays, semble aller dans le sens d’une poussée du Front national. Cependant, le dispositif musclé décidé par le gouvernement perturbe ce pronostic et laisse à penser que le reflux majeur annoncé pour la gauche n’est plus aussi assuré. Les candidats de l’ex UMP paraissent ainsi pris en tenaille entre le vieux discours martial du Front national et les mesures drastiques préconisées et mises en œuvre dans la lutte contre le terrorisme par l’exécutif actuellement au pouvoir.

Ainsi, si l’on veut essayer de voir quels vont être les rapports de forces au soir du premier tour, il faut  constater que jusqu’ici nous sommes dans une sorte de confusion.

Il reste peu de jours avant le 6 décembre, date de ce 1er tour.

Pour l’instant, deux seules données paraissent fiables : 1) 73 % des personnes sondées ont indiqué que les attentats et ce qui s’en est suivi ne changeraient pas leur vote aux élections régionales ; 2) 24 % ont répondu qu’ils pourraient évoluer et voter différemment de ce qu’ils avaient prévu avant le 13 novembre.

Ce chiffre est loin d’être anodin. Il peut même être déterminant pour faire basculer bien des régions d’un côté ou d’un autre. De même, le mauvais chiffre du chômage, publié le 26 novembre, peut peser dans la détermination de beaucoup.

De toute manière, il y a fort à parier que tous les partis politiques vont s’intéresser, dans les quelques jours qui restent, à ces 24 %  de citoyens qui hésitent. Il est probable qu’ils tiennent, contre toute attente, avec l’abstention,  la clé des élections régionales.

Ceci indiqué, il reste à espérer qu’il n’y aura pas de nouvel attentat et que  la campagne qui va, tout de même aller en s’intensifiant, gardera un caractère de dignité conforme à l’état particulier du pays.

Souhaitons aussi que l’élan patriotique, constaté en réaction aux massacres, conduise davantage de citoyens à retrouver le chemin des urnes. C’est celui de la démocratie dont on vient de mesurer combien elle est essentielle.

 

Jean Félix Madère

Le 26 novembre 2015

24 novembre 2015

Les propos de Madère - Agir pour l'avenir

Agir pour l’avenir

Dans les jours qui viennent, alors que tout un peuple est en pleine compassion pour les victimes des attentats et tente de faire face aux peurs nées des horreurs liées aux crimes aveugles et aux menaces qui perdurent, va se dérouler à Paris un événement mondial prévu de longue date : la COP 21 (Conférence Mondiale sur le Climat). L’importance de cet événement est telle qu’en dépit du contexte actuel, le gouvernement et l’ONU, qui l’organisent, ont décidé de le maintenir. Seules quelques manifestations de rues, dans Paris, ont été annulées. L’essentiel de ce qui avait été prévu se déroulera normalement dans des sites sécurisés, notamment au Bourget.

140 chefs d’Etats ou de gouvernements dont Barack Obama, Xi Jinping, Vladimir Poutine, François Hollande, Angela Merkel, etc… seront présents et participeront aux négociations.  Des forums, des tables rondes réuniront, du 30 novembre au 11 décembre, quarante mille personnes : experts, ONG, etc…

La présence maintenue de ces personnalités se veut la démonstration que les dirigeants du monde font fi des menaces terroristes et continuent à accomplir, sans faiblir, leurs missions.

Certes, des moyens exceptionnels de sécurité seront déployés, tant par la France que par l’ONU qui a la charge du bon déroulement des travaux.

Il faut convenir que toute autre attitude aurait été une sorte de démission face aux illuminés de Daesh. Les représentants de l’ensemble du monde ne sauraient différer ou renoncer à définir des mesures susceptibles d’éviter que le changement climatique s’aggrave et mette en cause le futur de la planète.

Comme le disent bien des spécialistes, il est « minuit moins le quart » et si on ne fait rien, il sera bientôt impossible d’agir positivement.

Nous sommes au moment d’un tournant majeur, à l’étape décisive dans la lutte contre le changement climatique.

Déjà, sans verser dans le catastrophisme et se muer en ayatollah de l’écologie, on peut observer des phénomènes et des dégâts importants nés du changement climatique. Ainsi, les plus hautes autorités dans ces domaines s’accordent pour dire que :

-         les risques de vagues de chaleur records sont maintenant cinq fois plus importants qu’autrefois ;

-          une grande partie de la calotte glacière de l’antarctique occidental est condamnée à disparaître ;

-         dans les siècles à venir, le niveau de la mer va s’élever d’au moins 1m20, sans doute beaucoup plus ;

-         enfin, on assiste déjà à un mouvement de « redessinement » de la carte de la planète, notamment celle des zones ou peuvent vivre les animaux, les plantes et les êtres humains (source National Geographic novembre 2015).

Il est temps, grand temps, d’essayer d’arrêter de telles dérives. C’est l’objet de la réunion de la COP 21. Face à un tel défi, beaucoup paraissent sincèrement désireux d’aboutir à la définition d’un dispositif contraignant et vérifiable seul de nature à donner des résultats. D’autres ironisent déjà et s’acharnent à démontrer que cette assemblée ne débouchera sur rien tant maints enjeux financiers et égoïstes rendront les débats inopérants comme ce fut le cas lors de la précédente conférence à Copenhague.

Ce pessimisme, pour ne pas le qualifier autrement, fait bon marché du travail en amont réalisé par la diplomatie française et les experts de l’ONU auprès des chefs d’Etats. Ils ont été sensibilisés à l’évolution climatique, aux conséquences catastrophiques actuelles mais aussi à celles, plus importantes encore, pour l’avenir.

Par ailleurs, une évolution dans la conscience collective est indéniablement en cours. Chacun, à son niveau personnel, constate les pluies diluviennes jamais observées jusqu’ici, la fréquence des inondations, des tempêtes et la perturbation des saisons. Les records de températures enregistrés en 2015 confirment « qu’il se passe quelque chose ». Tout comme ceux qui habitent en France, dans Les Landes et en Gironde, au bord de l’Atlantique, voient de leurs yeux l’Océan grignoter et faire reculer la cote d’une manière alarmante.

Enfin, les multiples reportages télévisés sur des régions éloignées de notre pays apportent, chaque jour ou presque, la preuve du dérèglement en cours.

L’idée qu’il est plus que temps de réagir a fait son chemin. Déjà, les plus gros émetteurs de carbone : la Chine et les Etats Unis ont exprimé leur accord pour réduire leurs émissions. Mieux mêmes, les Chinois se sont lancés massivement dans la production d’énergies renouvelables : éoliennes, solaire, hydroélectrique, etc… On assiste au même phénomène dans de nombreux Etats.

Le terrain pour la négociation qui va se dérouler à Paris dans les prochains jours est donc favorable. Il l’est d’autant plus que beaucoup de femmes et d’hommes de par le monde ont découvert que, si les combustibles fossiles ont rendu possible une formidable évolution de l’humanité, ils sont désormais en voie d’épuisement mais aussi à la source des pollutions et de leurs conséquences. Jusqu’ici réservés pour évoluer vers d’autres sources d’énergie, c’est-à-dire le renouvelable, ils admettent maintenant qu’il est inéluctable que s’engage une transition conduisant à un changement plus fondamental.

Certes, il va falloir faire face à des résistances majeures. Jamais le monde n’a été appelé à une telle évolution. Bousculer les habitudes au niveau des Etats, mettre en œuvre, à grande  échelle, le recours aux énergies propres, tout cela constitue une aventure face à laquelle la tentation de reculer pour ne pas changer les modes de vie ne manquera pas de se manifester avec force.

Les dirigeants politiques qui vont se réunir à partir du 30 novembre ne devront pas être démunis de courage pour définir des positions qui iront, sans doute, à contre-courant d’une partie de leur électorat.

Ils parviendront à trouver les voies et moyens d’un consensus s’ils croient que le traité auquel ils vont réfléchir et travailler doit dépasser les petites contingences nationales, les réticences du secteur marchand et s’ils sont persuadés qu’une économie à faible émission de carbone est possible, mieux qu’elle est déjà en voie de réalisation et qu’elle évitera morts et migrations climatiques majeures.

Le pire sans doute pour tous ces hommes habitués, le plus souvent, à gérer le court terme, gage des succès électoraux, sera de dépasser cette façon de voir les choses. Ils devront admettre que leurs décisions porteront leurs fruits dans quinze ou vingt ans et donc qu’ils ne pourront immédiatement s’en prévaloir, bref, qu’ils agiront pour l’avenir. Sauront-ils être à la hauteur de ce défi lointain mais crucial ? Sauront-ils, pour l’immédiat, se contenter de l’affichage d’un éventuel succès formel plutôt qu’à fruits immédiats ?

Là est, en fait, le défi qu’ils auront à relever dans un contexte de violence, d’attentats et de guerre contre des obscurantistes qui eux n’ont en tête que de déstabiliser le monde occidental.

En maintenant la réunion de la COP 21 et en y participant, Obama, Xi Jinping, Poutine, Merkel, Hollande et tous les chefs d’Etats qui interviendront dans les  discussions ont déjà donné une première réponse : il faut continuer à vivre malgré les menaces et les peurs (1). Espérons qu’ils seront conscients aussi que le monde civilisé et démocratique doit certes se débarrasser du terrorisme mais corrélativement se donner les moyens de se protéger des dérèglements climatiques, garantie pour chacun, où qu’il soit sur la planète, d’une existence dégagée des emballements de la nature perturbée par les excès des hommes.

Jean Félix Madère

Le 24 novembre 2015

 

(1) Il n’est pas excessif ici de souligner, comme pour l’évolution climatique, que les résultats dans la lutte contre le terrorisme prendront des années. Là aussi beaucoup des actions actuelles s’inscrivent dans le long terme et sont donc destinées, pour l’essentiel, à assurer la sécurité à nos enfant, c’est-à-dire à garantir l’avenir de l’humanité.

 

19 novembre 2015

Les propos de Madère - Basculement

Basculement

 

Les attentats du 13 novembre sont et vont être à l’origine de bouleversements majeurs dans la politique de la France tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Un dispositif sécuritaire très fort va tenter de répondre aux menaces terroristes de Daech. De même, un renforcement des actions militaires en Syrie va corrélativement viser à l’affaiblissement, voire à la destruction, de ses centres de commandements d’où partent les ordres à destination des exécutants et des kamikazes.

L’ensemble de la nation a pris conscience que nous étions désormais dans une sorte d’état de guerre et qu’il convenait que notre démocratie se donne, en respectant les principes essentiels d’un état de droit, les moyens de se défendre.

Le dispositif sécuritaire et militaire qui va être décidé par l’exécutif et discuté par le Parlement a été défini par le Président de la République, le 16 novembre, lors de son intervention devant les députés et sénateurs réunis en Congrès à Versailles.

Le ton employé par le chef de l’Etat et le détail de ses préconisations en a surpris plus d’un. François Hollande, la remarque n’est pas trop forte, a annoncé un tel durcissement des positions de la France que les plus exigeants dans le domaine sécuritaire n’ont pu exprimer que des critiques marginales ou partisanes. L’adhésion à ses propositions a réuni l’essentiel de la représentation nationale, même si Sarkozy, tout occupé qu’il est à tenter de retrouver un leadership dans son parti, n’a pas senti que le pays aspirait, à tout le moins, à une sorte de trêve, fut-elle temporaire, dans le combat politique.

Le discours de Versailles du Président de la République constitue un basculement dans son quinquennat. Les priorités sont inversées. En une phrase lapidaire, il a annoncé que désormais « le pacte de sécurité l’emportait sur le pacte de stabilité ».

Tout son propos le confirme. Désormais la Présidence de François Hollande s’inscrit prioritairement dans le sécuritaire.

Ainsi, sans vouloir reprendre le détail des termes de son discours, par ailleurs si largement commenté par la presse et les médias, il paraît utile d’en citer quelques expressions et de rappeler le canevas du dispositif sécuritaire et militaire qu’il a exposé le 16 novembre.

Il s’est affirmé d’emblée « Président d’une France en guerre » et, martelant ses convictions, il a poursuivi en déclarant que « nous devons être impitoyables en ne laissant aucun répit, aucune trêve aux terroristes » et s’est fixé comme but « d’éradiquer, dans le respect de nos valeurs, le terrorisme ».

Le vocabulaire employé place ainsi très haut ses ambitions et ses objectifs. Pour les atteindre, il n’a pas donné dans le lyrique et le dithyrambe. Le cadre qu’il a défini est sans ambiguïté : nécessité de faire évoluer la Constitution pour faire de l’état d’urgence, datant de 1955, un état de crise à durée légale plus longue et répondant aux défis actuels. Il n’a pas caché que les modifications devaient permettre de faciliter les perquisitions, les placements en résidence, les saisies, l’expulsion de France des Imams qui prêchent la haine et la dissolution des associations cultuelles radicales qui gèrent les mosquées.

Durcissant encore ses propositions, il  n’a pas écarté la possibilité de permettre la déchéance de nationalité des binationaux, même nés Français, l’interdiction de retour sur le territoire en cas de risque terroriste, l’expulsion plus rapide des étrangers représentant une menace d’une particulière gravité. Il est allé jusqu’à ne pas écarter l’utilisation du bracelet électronique pour les individus faisant l’objet d’une fiche S. A ce sujet, il est quand même resté prudent et a précisé « qu’il saisirait le Conseil d’Etat pour valider la conformité de ces propositions à nos règles fondamentales ».

Soulignons que cet ensemble de mesures est marqué au coin d’une grande fermeté indispensable en matière sécuritaire.

Pour étayer encore son dispositif, il a annoncé la création de 5.000 postes, notamment dans la police et la gendarmerie et, à rebours de la politique menée jusqu’ici, il a précisé qu’il  n’y aurait pas de diminution des effectifs dans la Défense jusqu’en 2019. Ce volet concernant les moyens a été complété par l’évocation de la possibilité de création d’une « Garde Nationale encadrée et disponible constituée à partir de réservistes ».

Elargissant son propos et toujours dans l’esprit « de la nécessité de détruire Daech », il a informé le Congrès qu’il avait demandé la réunion rapide du Conseil de Sécurité de l’ONU et, dans le souci « d’une union des forces », qu’il rencontrerait la semaine prochaine Barack Obama à Washington et Vladimir Poutine à Moscou.

Il n’est pas inutile ici de souligner que François Hollande, en prônant une sorte de grande coalition, infléchit fortement la position de la France, jusqu’ici réservée à l’égard d’une coopération militaire avec la Russie en raison notamment du soutien de ce pays à Bachar El Assad (1).  Ce choix est dicté, à ses yeux, par la priorité donnée à l’élimination de Daech. Notons aussi que les Russes, qui ont été victimes de Daech ayant détruit un de leurs avions de ligne au-dessus du Sinaï faisant 224 morts, sont sans doute, de ce fait, plus ouvert à une intensification de la lutte contre le terrorisme en Syrie. Cette évolution est, toutefois, loin, pour l’instant, d’être assurée de conduire aux alliances espérées.

Dans le cadre de la recherche de l’Union des Forces, le Président de la République a insisté sur une notion peu souvent utilisée en soulignant que « l’ennemi n’est pas un ennemi de la France mais un ennemi de l’Europe. » Ainsi, notre pays est fondé à saisir l’Union Européenne, au titre de l’article 42-7 du traité de Lisbonne, pour réclamer que « tous les états membres doivent porter solidarité à l’état agressé ».

Cette demande a été acceptée unanimement et des discussions ont été engagées à propos de la forme d’aide susceptible d’être dispensée à la France.

Dans sa  conclusion, le Président de la République n’a pas omis le volet strictement militaire en annonçant l’intensification des bombardements sur Raqqa, épicentre du commandement de Daech en Syrie et l’arrivée prochaine sur zone du porte-avions Charles de Gaulle qui permettra le décuplement de nos moyens dans cette région.

Ce rappel, qui mériterait bien d’autres développements et précisions, a pour but  de mettre en lumière que l’exécutif a pris la mesure de l’état de guerre dans lequel nous nous trouvons, de souligner sa volonté de faire face, de rassurer l’opinion  et son souci, au travers de la reprise de nombre de mesures préconisées par la droite, d’assurer le rassemblement du pays dans un moment crucial.

Cependant, ici et là, des esprits malins considèrent que François Hollande profite des malheureuses circonstances actuelles pour faire de la triangulation (2) et donc de la politique à son profit. Cette critique est d’autant plus déplacée que beaucoup de leaders de droite réclament à cors et à cris que leurs propositions soient reprises. On ne peut ainsi prêcher tout et son contraire.

Au vrai, les déclarations récentes de François Hollande constituent un changement de cap majeur. Il a compris qu’il ne fallait pas tergiverser. C’est pourquoi, en prenant le risque de bousculer bien de ses amis, il a considéré que pour les mois qui viennent « le militaire et le sécuritaire doivent l’emporter sur le budgétaire ».

S’il va au bout de cette évolution on va alors assister à un véritable basculement, tous azimuts, de la politique française. Ainsi,  il n’est pas étonnant que, malgré un consensus évident autour du thème de la sécurité, de nombreuses interrogations soient posées sur les risques que peuvent engendrer autant de mesures à caractère autoritaire. Beaucoup y voient l’embryon d’un état d’exception peu compatible avec une démocratie formelle. D’autres expliquent qu’il convient, pour rassurer le peuple, d’aller plus loin et de taper plus fort. D’autres encore regrettent la mise entre parenthèses  de la recherche des équilibres économiques au nom de l’ordre et de la sécurité.

Bref, les discussions qui vont s’engager au Parlement à propos du dispositif prévu par le Président de la République, en particulier la révision constitutionnelle, vont générer de vifs débats.

S’ils se déroulent dans le souci de la recherche de mesures équilibrées et efficaces cela ne pourra que renforcer la démocratie. S’il en allait autrement, ce serait la porte ouverte au désordre, à l’affaiblissement du pays et donc un cadeau consenti au terrorisme.

En tout cas, qu’on apprécie ou pas le Président de la République, l’honnêteté conduit à lui reconnaître le courage d’avoir pris des décisions importantes et d’avancer des propositions, même si elles peuvent être améliorées ou pondérées, à la hauteur des événements.

Jean Félix Madère

 

(1) Il convient ici de ne pas oublier aussi les problèmes de l’Ukraine, le refus de vente par la France des frégates commandées par la Russie, etc…

(2) La triangulation politique consiste à reprendre les propositions de ses adversaires politiques en étant en position, contrairement à eux, de les faire aboutir. On gagne ainsi de l’audience dans leur électorat. Bill Clinton a été un maître en la matière.

 

15 novembre 2015

Les propos de Madère - Vendredi 13

Vendredi 13

Tout  a été dit, ou presque,  à propos des attentats du 13 novembre : l’effroi, la sidération face à tant de morts et de blessés, la peine immense des proches des disparus, la douleur de ceux qui luttent pour ne pas mourir.

La peur a gagné, un moment, la population choquée par tant de violence, aveugle mais coordonnée, à l’égard de citoyens simples spectateurs d’un match de football ou d’un concert festif et paisible ou encore, passant par hasard dans une rue tranquille de la capitale.

Les autorités du pays, les forces de l’ordre, policiers et militaires, les moyens de secours, pompiers et personnels des hôpitaux ont fait face avec efficacité et dignité. Des dispositions de sécurité ont été prises et tous les moyens sont mis en œuvre pour retrouver et punir les terroristes encore en vie et ceux qui les ont aidé à préparer et à accomplir ces lâches assassinats.

La décision d’établissement de l’état d’urgence a été prise aussitôt. Pour que la compassion de tout un peuple puisse se manifester partout dans le pays, un deuil national de trois jours a été décrété. Le lundi 16 novembre une minute de silence sera observée dans toute la France et plus largement, en manifestation de soutien, dans toute l’Europe.

Tout au long du dimanche 15 novembre, dans un esprit républicain, des consultations avec les leaders des partis politiques ont été organisées. Lors  de la réunion du Parlement en Congrès, le 16 novembre,  les députés et sénateurs seront informés de la situation et des mesures importantes concernant le renforcement des divers dispositifs ayant trait à la sécurité qui vont être décidées par l’exécutif. Par ailleurs, les  Français sont invités à surmonter, bien que cela ne soit pas facile, leur peur et à faire face à une situation d’exception. Cela sera rendu possible par l’attitude de chacun. Déjà, passant outre les recommandations de prudence, et malgré les dangers inhérents à des rassemblements de foules dans les circonstances actuelles, les citoyens se regroupent et affirment, en criant le slogan « nous reviendrons au Bataclan », leur volonté de ne pas céder au terrorisme.

De toute manière, au terme des trois jours de deuil, la vie doit reprendre normalement. S’il en allait autrement, les terroristes auraient gagné. Sans oublier le drame, le comportement de chacun, en  reprenant  le cours de sa vie, sera facilité si l’unité nationale actuelle perdure. Elle est indispensable pour traverser une période exceptionnelle où tout un peuple doit faire face, ensemble, aux inquiétudes et comprendre les mesures d’autorité qu’impose la guerre à mener au terrorisme.

Dans cet esprit, on ne peut que se féliciter que l’essentiel des leaders politiques de droite comme de gauche ait approuvé et soutenu les décisions prises par l’exécutif. Regrettons toutefois qu’une minorité d’entre eux ne respectent même pas un indispensable délai de décence dans leurs déclarations et  introduisent plus que des nuances dans leur soutien au nécessaire consensus dans cette période ô combien difficile.

Cela est déplacé  dans le moment présent et s’inscrit dans une sorte de jeu politicien consistant à refuser de fait un front uni face au terrorisme et à se placer à minima dans une unité nationale temporaire et précaire. En jouant sur la sémantique, ils sont ainsi dans le service minimum et dans la poursuite d’un combat politique médiocre, peu à la hauteur du drame vécu par la nation. Disons-le, c’est regrettable.

Fort heureusement, l’immense majorité des citoyens de ce pays ainsi que la quasi-totalité de la classe politique sont dans une autre démarche. C’est heureux et nécessaire pour ne pas donner prise au doute et montrer aux assassins ignobles qu’ils ne triompheront pas. Dans le moment présent, il n’y a pas de place pour les petits calculs parce que malheureusement d’autres attentats ne sont pas impossibles. L’heure est au rassemblement, à la dignité et au sang-froid. 

 

Jean Félix Madère

 

12 novembre 2015

Les propos de Madère - Noé

NOE

Une nouvelle fois, de manière plus importante que la polémique relative à ses déclarations provocatrices à propos de la rémunération au mérite des fonctionnaires, Emmanuel Macron est au cœur de l’actualité. Cette fois, c’est dans la perspective de l’élaboration d’une loi sur les nouvelles opportunités économiques (Noé) qu’il a invité cinq cents personnes à Bercy pour traiter des bouleversements de la révolution numérique et esquisser, à grands traits, les mesures qu’il souhaite voir mises en œuvre à ce sujet.

Ainsi, on parle déjà d’une loi Macron II. Après le tapage à propos du premier texte fourre-tout qu’il a défendu il y a peu et qui a été voté grâce au 49.3, microcosme, médias et opinion attendaient de ce boutefeu des déclarations fortes. Certes, fidèle à ses habitudes, il n’a guère fait dans la nuance mais il a toutefois bridé son caractère transgressif.

Trois raisons à cela : sa réflexion sur le sujet n’est pas achevée ; il ne pourra cette fois ignorer  les autres départements ministériels directement ou indirectement concernés par le dispositif qu’il envisage ; il est désormais sous la « surveillance » de Manuel Valls, peu enclin à lui abandonner totalement – bien qu’il dise le contraire – l’action novatrice du gouvernement.

Cela dit, il est clair que Macron, disposant d’une relation directe avec le Président de la République, ne sera pas trop dans la retenue. Dégagé, pour le moment, des contingences électorales, il va continuer à avancer des idées susceptibles de faire turbuler le système. Au travers de lui, le gouvernement va tenter ainsi de s’inscrire clairement dans la société 2.0 et d’apporter la preuve de son ancrage dans le monde moderne.

Lors de son intervention du 9 novembre à Bercy devant un parterre d’économistes, de spécialistes du numérique, de patrons, etc… il s’est montré relativement prudent, insistant sur l’urgence de réformer et  démontrant que « tous les secteurs d’activité sont touchés par la révolution numérique » et que « cela est en train de s’accélérer formidablement ».(1)

Il a prôné « l’émergence des entreprises disruptives pour éviter qu’elles ne viennent de l’extérieur et pas de chez nous ».

Puis, il a exposé son souhait de voir se développer, pour relancer la croissance et l’emploi en s’appuyant sur les nouvelles technologies, la création d’entreprises individuelles.

Reprenant une déclaration faite à Rennes le 6 novembre, il a argumenté ainsi à ce sujet : « Quand on a connu la précarité économique et sociale, quand le quotidien est une galère, on demande le droit d’accéder à des opportunités, d’avoir le droit de prendre des risques, de choisir sa propre vie, ça sert à ça la microentreprise, c’est pour ça que c’est économiquement essentiel, moralement et politiquement essentiel ».

Cette ode à la microentreprise et à l’autoentreprennariat a été le fil conducteur de son propos qu’il a toutefois élargi en traitant des start-up et de leur financement.

Dans ce domaine, il a émis l’idée qu’au-delà des financements publics provenant de la BPI (Banque publique d’investissements) « soit adapté notre cadre fiscal de nature à orienter le capital qui est celui des épargnants vers le financement de l’économie réelle, vers des produits investis en actions plutôt qu’en obligations ».

Au tournant d’une phrase, il a lâché qu’il planchait sur « la création d’une forme de fonds de pension à la française ». Il n’en a pas dit plus mais cette piste, si elle est suivie d’effet, ne va pas manquer d’alerter l’opinion, tant elle peut être une entrée d’évolution du système de retraites par répartition vers un système par capitalisation.

De même a-t-il admis que la révolution numérique risquait de conduire à une destruction massive d’emplois intermédiaires et évoqué ainsi la possibilité d’une polarisation du travail aux deux extrêmes : emplois peu qualifiés d’une part et très qualifiés d’autre part. Il rejoint ainsi l’avis de Daniel Cohen, exprimé dans son ouvrage Le monde est clos et le désir infini.

Pour pallier ce danger, il a suggéré « qu’à côté du salariat, il convenait de faciliter l’initiative économique notamment pour les plus fragiles ». Pour parvenir à cet objectif, il a ouvert des pistes : remise à plat des exigences de qualifications pour exercer certains métiers et révisions des règlementations sectorielles constituant des barrières à l’entrée.  Revenant sur la nécessité de l’autoentreprennariat, il a suggéré qu’il était indispensable de faire converger sur le plan fiscal et social les statuts d’artisans et d’autoentrepreneurs. Il visait là les actuelles distorsions de concurrence.

Il n’est guère allé plus loin pour l’instant. Il révélera sa stratégie d’ensemble le 15 décembre prochain.

Notons que, bien que plus prudent, il a déjà soulevé ou mis en avant quelques suggestions qui vont susciter, sans plus attendre, beaucoup de réactions. Ainsi, en avançant l’idée que le salariat ne sera plus bientôt le modèle unique de référence, il va – même si les faits ne lui donnent pas tort  - heurter un des fondements du socialisme qui s’est toujours appuyé sur le développement  du salariat constituant sa base. De même, en suggérant l’orientation du capital des épargnants vers de fait le « capital-risque », il  ouvre un débat qui n’est pas mince. Enfin, en mettant en cause les exigences de qualifications et en évoquant les fonds de pension, il ne peut, pour l’instant, que susciter l’inquiétude.

Au vrai, il n’en a cure parce qu’il affirme que la révolution numérique transforme le quotidien de tous les Français et que cette mutation, induisant l’insécurité, il est inutile de nier les réalités. Pour lui, il faut rassurer et pour rassurer il faut agir ! Il refuse ainsi de se placer dans le lamento et choisit d’affronter à la fois les conséquences de la révolution numérique et les résistances susceptibles de naître des mesures indispensables et urgentes de la mise en œuvre du dispositif auquel il travaille.

Il faut ici savoir qu’Emmanuel Macron est entouré d’un comité de pilotage composé d’économistes reconnus : Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry, etc… des entrepreneurs, des juristes, tel J. Emmanuel Ray, des spécialistes du droit du travail, des responsables associatifs. Toutes ces personnalités ont pour mission  d’évaluer, dans leur domaine, l’impact de la révolution numérique et de soumettre au ministre de l’Economie une série de mesures destinées à accompagner la mutation en cours. Son dossier n’étant pas bouclé, il a par ailleurs souligné qu’il était ouvert à toutes les suggestions. Il espère ainsi pouvoir se prévaloir du soutien de l’opinion.

Cependant,  là ne s’arrête pas  le travail de fond mené par Emmanuel Macron. Il est probable ainsi qu’il va trouver inspiration et suggestion dans une étude menée par Nicolas Colin (2) pour le think tank Terra Nova intitulé « La richesse des nations après la révolution numérique ».

Après lecture attentive des 92 pages de cette étude publiée le 9 novembre, il n’est pas exagéré de dire que cette somme va permettre à Macron de présenter un projet bien plus ambitieux que les propos qu’il a tenus à Bercy cette semaine.

A n’en pas douter, il va trouver son miel dans cette réflexion particulièrement fouillée, argumentée et peuplée de suggestions dérangeantes mais souvent en prise directe avec les réalités de la situation en cours d’évolution.

Il n’est pas possible ici d’analyser cette étude par le menu. Cela sera fait dans le cadre des  notes de lecture mensuelles tant il paraît que Nicolas Colin a bousculé les idées reçues et mis le doigt sur l’essentiel des problèmes liés à la révolution numérique.

Disons toutefois, sans entrer dans le détail, que son auteur démontre que la transition numérique gagne toute l’économie, qu’elle est une dimension de la crise et qu’elle impose une nouvelle manière de voir les choses. Il situe ensuite la « conception dépassée » de l’économie française, ses handicaps, les retards provoqués par des choix publics contestables. Puis, il suggère les ressources à mettre en œuvre pour faire grandir nos géants numériques. Il traite alors des problèmes de financement. Ayant fixé quelques règles pour une économie à la frontière de l’innovation, il aborde, avant de conclure, le délicat problème de la protection sociale.

Dans sa conclusion, il rappelle que « la principale préoccupation des Français est l’emploi ». Il admet que « la transition numérique ne peut, en l’état actuel, être présentée comme un remède au chômage et qu’au contraire le développement de l’économie numérique détruit des emplois ».

Partant de ce constat, il affirme qu’il est indispensable de « renverser cette perception négative ».

Selon lui, l’économie numérique pourra créer des emplois si les entreprises numériques grandissent depuis  le territoire français et à condition que les emplois qualifiés ou peu qualifiés nouveaux créent la même valeur que les emplois d’hier mais pour beaucoup moins cher. Cela, de son point de vue, permettra d’élargir considérablement l’offre. Sans hésitations, il considère qu’il conviendra aussi d’abaisser les barrières réglementaires empêchant le développement d’activités massivement créatrices d’emplois.

Pour rendre soutenables les emplois créés à partir de l’économie numérique – majoritairement implantés dans les zones de tension pour le logement – il avance l’idée qu’il faudra, pour ceux qui les exerceront, assurer ces personnes contre la difficulté à se loger. De même, conviendra-t-il, à son avis, de mettre en œuvre une assurance contre l’intermittence face aux risques de l’atomisation croissante des parcours professionnels et d’adapter  les institutions de la protection sociale.

Vaste programme qui ne manquera pas, même s’il est repris partiellement, d’agiter fortement les professions concernées puis l’ensemble de la société. Il ne s’agira pas là, comme l’ont fait les taxis dernièrement, de choisir la violence mais, face à de tels défis et de tels enjeux, de discuter, négocier, amender, adoucir…  bref de rechercher le compromis.

Nicolas Colin  reconnaît  que toutes ces conditions constituent un défi en apparence insurmontable mais dit-il «  seules ces mesures sont à la hauteur des enjeux de la crise que nous sommes en train de vivre : la transition d’un paradigme en extinction, celui de l’économie de masse vers un autre qui émerge, celui de l’économie numérique ».

Sans savoir ce que retiendra Macron de cette étude, on ne peut qu’être très réservé pour ne pas dire plus avec le détail de la réflexion de Nicolas Colin. C’est notamment le cas de la minoration du coût de l’emploi créé : comment vont être rémunérés ceux qui seront recrutés sur cette base ?, de l’affaiblissement des protections réglementaires, etc…

Certes, ce travail est, dans son ensemble, respectable, mais il est loin d’être à prendre dans son entier. Il pointe bien les problèmes liés à la révolution numérique mais les solutions qu’il avance sont très discutables.

Il va nourrir, à n’en pas douter, une bonne part du dispositif législatif que prépare le ministre de l’Economie.

Il va trouver dans cette étude bien des arguments dérangeants dont il est friand. C’est clair, il tient là un sujet qui va lui permettre d’occuper le devant de la scène et sans doute, après beaucoup de débats, de contestations et de turpitudes diverses, de mettre en œuvre des mesures qui, espérons-le, irons dans le bon sens même s’il faut admettre qu’elles risquent de beaucoup choquer tant cette affaire de transition numérique est porteuse de bouleversements.

Emmanuel Macron aime ce genre de défi. Bien que très contesté à l’intérieur du Parti socialiste, dont beaucoup de militants ont du mal à se reconnaître dans un personnage aussi perturbant, il est probable qu’avec le soutien discret mais réel du Président de la République, il parviendra à faire évoluer ce dossier difficile.

Comme l’ont relevé plusieurs observateurs, ce n’est pas pour rien qu’il a choisi l’acronyme « Noé » pour qualifier sa loi. Il espère en effet contribuer à sauver l’emploi.  C’est un clin d’œil mais lourd de sens pour l’avenir.

Jean Félix Madère

 

(1)  Selon une étude de deux professeurs d’Oxford (C.B. Frey et M. Osborne) 47 % des emplois sont menacés par la numérisation, notamment les comptables, vendeurs, secrétaires, personnels médicaux, etc… le livre récemment paru du professeur de médecine Guy Vallancien le confirme (Une médecine sans médecins).  Il n’est pas inutile de souligner que tous ces emplois ou presque sont au cœur de la classe moyenne salariée.

 

(2)  Nicolas Colin est Inspecteur des Finances, diplômé de Sciences politiques et de l’ENA. Il est aussi diplômé de Telecom Bretagne. Il a fondé deux sociétés : « 1 x 1 connect » spécialisée dans l’édition de logiciels et « Stand Alone Media » orienté vers la production et l’édition média à vocation encyclopédique. Il enseigne à l’Institut politique de Paris et effectue des travaux de recherches pour le Think Tank «  Terra Nova ».

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